Yvan Cournoyer

"On nous avait dit que Vladislav Tretiak n'était pas tellement bon"

Yvan Cournoyer dévoile les coulisses de la Série du siècle face aux Russes!

Marco Normandin

Marco Normandin

Quand on évoque les grands moments du hockey canadien, La Série du siècle de 1972 occupe une place à part dans la mémoire collective. Plus d'un demi-siècle après ces huit matchs légendaires entre le Canada et l'URSS, l'un des protagonistes clés de cet affrontement historique accepte de replonger dans ses souvenirs. À 82 ans, Yvan Cournoyer, l'ancien capitaine du Canadien de Montréal a accepté de se livrer au magazine 7 Jours aux côtés de son épouse Evelyne. L'homme qui portait fièrement le numéro 12 garde la forme en nageant quotidiennement et en jouant au golf, et surtout, il n'a rien oublié de cette aventure qui a marqué l'histoire du sport.

Ce que Cournoyer admet d'emblée, c'est que les joueurs canadiens n'avaient pas mesuré la valeur de leurs adversaires soviétiques. L'équipe canadienne, constituée de joueurs provenant de différentes formations de la LNH, s'était entraînée à Toronto, mais pas suffisamment selon lui. Les rapports de dépistage indiquaient notamment que le jeune gardien Vladislav Tretiak, alors âgé de seulement 20 ans et fraîchement fiancé, ne représentait pas une menace sérieuse. La réalité allait frapper durement. Lors du premier match, disputé au Forum de Montréal le 2 septembre 1972, le Canada avait pris une avance rapide de 2 à 0 après sept minutes de jeu, avant de s'effondrer et de subir une défaite humiliante de 7 à 3. L'orgueil national venait de prendre un coup.

"On avait eu des rapports disant que leur gardien de but, Vladislav Tretiak n’était pas tellement bon. Or, quand ces gens l’ont vu jouer, il venait de se fiancer. Ils nous disaient qu’on n’avait pas à s’inquiéter."

- Yvan Cournoyer

Du doute à la rédemption sur la glace de Moscou

Cournoyer faisait partie des six représentants du Canadien de Montréal au sein de cette formation d'étoiles, aux côtés de Serge Savard, Guy Lapointe, Frank et Pete Mahovlich ainsi que Ken Dryden. Fort de ses 47 buts inscrits lors de la saison 1971-72, un sommet dans sa carrière, sa sélection allait de soi. Il se souvient d'avoir été emballé par cette aventure qui allait mener l'équipe jouer quatre rencontres au Canada, puis quatre autres en sol soviétique.

Le séjour en Russie s'est avéré particulièrement déroutant pour les joueurs nord-américains. À l'hôtel, chaque départ de la chambre exigeait de remettre sa clé à une préposée présente jour et nuit, et les lits étaient tout sauf confortables. Cournoyer se rappelle que cette expérience leur a fait réaliser à quel point ils étaient privilégiés chez eux.

"Perdre cette série était inimaginable. Pourtant, au début, on n’a pas pris les Russes au sérieux. C’était une excellente équipe, elle gagnait toujours aux Jeux olympiques et leurs joueurs étaient plus en forme que nous. Il ne faut pas oublier que notre équipe était composée de joueurs pigés un peu partout dans la Ligue; il y en avait de Toronto, de Montréal et de Boston, entre autres. On s’était donc entraînés à Toronto — mais pas autant qu’on aurait dû. C’est quand on a joué la première partie qu’on a vu qu’il fallait les respecter."

- Yvan Cournoyer

La série a atteint son paroxysme le 28 septembre 1972, lors du huitième et ultime match. Chaque équipe comptait trois victoires et un match nul. Après deux périodes, l'URSS menait 5 à 3. Dans le vestiaire, Cournoyer et Savard ont pris la parole pour calmer leurs coéquipiers et leur insuffler de la confiance. Phil Esposito a réduit l'écart en début de troisième période. Puis, avec un peu plus de sept minutes au cadran, Cournoyer a décoché un premier tir, récupéré la rondelle et, d'un lancer du revers, a nivelé la marque 5 à 5.

Le récit de la dernière minute du match, tel que raconté par Cournoyer lui-même, est saisissant. Épuisé, posté le long de la bande sur la patinoire de format olympique, il était trop loin du banc pour effectuer un changement. Un joueur soviétique a alors dégagé la rondelle le long de la rampe et Cournoyer l'a interceptée. Voyant Paul Henderson foncer vers la zone adverse, il a tenté de lui refiler le disque, mais la passe était légèrement trop avancée. La rondelle s'est retrouvée derrière le filet. Henderson, qui était tombé près de la bande, est revenu se poster devant Tretiak. Esposito a tiré, Henderson a saisi le retour, lancé une première fois, puis une seconde, et la rondelle a franchi la ligne. Henderson lui a sauté dans les bras et Cournoyer se souvient d'avoir crié : «We did it! We did it!»

Un héritage qui dépasse le sport

Pour Cournoyer, cette victoire arrachée in extremis revêt une signification qui transcende le simple résultat sportif. Il estime que si le Canada avait perdu cette série, le hockey n'aurait plus jamais été le même. Cette confrontation a préservé la fierté du pays et a permis de croire que le hockey canadien pouvait continuer à briller au plus haut niveau. En huit matchs, le «Roadrunner», surnom qu'on lui avait donné en raison de sa vitesse phénoménale, a inscrit trois buts et amassé deux passes.

Mais la carrière de Cournoyer ne s'est évidemment pas arrêtée là. Il a poursuivi pendant six saisons supplémentaires avec le Canadien, portant le «C» de capitaine sous la direction de Scotty Bowman. Il a fait partie de la dynastie qui a remporté quatre Coupes Stanley consécutives de 1976 à 1979, dont la saison 1976-77 où l'équipe n'a subi que huit défaites en 80 matchs, un record absolu. Au total, il a soulevé dix fois le précieux trophée au cours de ses 16 saisons, toutes disputées avec la même organisation.

Intronisé au Temple de la renommée du hockey en 1982, Cournoyer a marqué 428 buts en carrière, ce qui le place au quatrième rang de l'histoire du Canadien, derrière Maurice Richard, Guy Lafleur et Jean Béliveau. Sa vitesse légendaire, qu'il attribue en partie au dur labeur de déneiger les patinoires dans sa jeunesse, faisait de lui un attaquant pratiquement impossible à rattraper entre la ligne bleue adverse et le filet.

Aujourd'hui ambassadeur du Canadien de Montréal, Cournoyer vit des jours paisibles auprès d'Evelyne, qu'il a rencontrée à l'aéroport de Dorval et qu'il n'a jamais quittée depuis. Le couple célébrera d'ailleurs son 50e anniversaire de mariage le 27 septembre. Quand il descend au sous-sol de sa résidence, où s'accumulent photos et souvenirs d'une vie consacrée au hockey, le temps semble s'arrêter. Et parmi tous ces trophées et ces moments de gloire, La Série du siècle occupe toujours une place unique dans son coeur. Comme il le résume avec la simplicité qui le caractérise: «Ça a changé bien des choses.»

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À propos de l'auteur

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Marco Normandin

Rédacteur en chef

Passionné de hockey depuis toujours, Marco Normandin est le créateur du Ultimate Pool Preview, une référence mondiale en guide de pools. Il est également l'idiot derrière la page satirique de hockey, Définitivement, Pierre. Travailleur acharné, il fouille sans relâche pour dénicher toutes les informations entourant la LNH et en faire bénéficier les lecteurs avant la compétition.

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Source: 7jours.ca

Cet article pourrait avoir été rédigé à l'aide de certains outils d'IA.

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