Jeff Gorton et Kent Hughes

Le Canadien et ses contrats à rabais: Une bombe à retardement selon Martin Leclerc

La stratégie salariale du CH séduit les fans, mais pourrait se retourner contre le CH selon lui!

Marco Normandin

Marco Normandin

Le Canadien de Montréal fait beaucoup parler de lui ces jours-ci, et pas seulement pour ses performances sur la glace. La signature récente d'Ivan Demidov à une entente de huit ans pour 73,2 millions de dollars vient s'ajouter à une longue liste de prolongations jugées avantageuses pour l'organisation. Mais tout le monde ne célèbre pas cette tendance. Le journaliste Martin Leclerc de Radio-Canada pose un regard très critique sur cette philosophie salariale et sur la docilité avec laquelle les jeunes vedettes du CH acceptent de se faire payer bien en dessous de leur valeur marchande.

Une structure salariale qui défie la logique du marché

Demidov rejoint ainsi un groupe de joueurs repêchés par Montréal qui ont tous consenti à des ententes nettement en deçà de ce qu'ils pourraient obtenir ailleurs. Nick Suzuki touche 7,875 millions par saison, Cole Caufield 7,85 millions, Juraj Slafkovsky 7,6 millions, Kaiden Guhle 5,55 millions et Lane Hutson 8,85 millions, le tout sur des contrats de six à huit ans. Chacun de ces joueurs a accepté de laisser des millions sur la table au nom d'un objectif commun: La Coupe Stanley.

Les chiffres sont éloquents. Caufield, le joueur ayant inscrit le plus de buts dans la LNH au cours des deux dernières saisons et l'un des deux seuls à avoir franchi le cap des 50 filets, se retrouve au 101e rang de l'échelle salariale de la ligue. Suzuki, auteur de 100 points et récipiendaire du trophée Selke, est à égalité au 97e rang. Quant à Hutson, l'un des cinq défenseurs les plus productifs du circuit, il comptera au moins 15 arrières mieux payés que lui la saison prochaine, alors que Bowen Byram, dont la production offensive est deux fois moindre, empochera 12,5 millions à Chicago.

Pour Leclerc, cette situation est tout simplement aberrante. Il rappelle que les joueurs de la LNH se sont vu imposer, il y a une vingtaine d'années, le plafond salarial le plus restrictif de l'histoire du sport professionnel. Leurs revenus sont déjà considérablement comprimés par rapport à ce que dicterait un véritable libre marché. Pire encore, les dix plus hauts salariés de la ligue ont collectivement gagné 10% de moins la saison dernière qu'en 2004, avant le lock-out qui a engendré ce plafond. Voir les jeunes du Canadien négocier volontairement à la baisse dans ce contexte relève, selon le chroniqueur, d'un manque de mémoire historique flagrant. Il évoque Guy Lafleur, qui menaçait de faire la grève en 1978 après avoir découvert que des joueurs moins talentueux gagnaient le double de son salaire. Aujourd'hui, les vedettes montréalaises font exactement l'inverse: Elles utilisent la transparence salariale pour demander moins que leurs homologues ailleurs dans la ligue.

Le piège qui guette le vestiaire

Si la plupart des amateurs saluent le génie de Kent Hughes et Jeff Gorton pour avoir créé un environnement où les joueurs acceptent de tels sacrifices, Leclerc entrevoit un scénario beaucoup plus sombre. Le Canadien ne vit pas en vase clos, rappelle-t-il. Le plafond salarial, qui s'élevait à 95,5 millions la saison dernière, devrait grimper aux alentours de 125 millions d'ici 2028-29. La LNH traverse une période de prospérité inédite et les autres formations dépensent en conséquence, avec des contrats de joueurs autonomes totalisant près d'un milliard de dollars ces derniers jours seulement.

Pour bonifier leur alignement, les dirigeants du CH devront inévitablement se tourner vers le marché des joueurs autonomes ou réaliser des transactions majeures. Or, un joueur comme l'attaquant Mason Marchment, marqueur de 20 buts et âgé de 31 ans, vient d'obtenir 6,75 millions par saison pour rejoindre les Sharks de San Jose. On approche rapidement du jour où il faudra payer des joueurs nettement plus ordinaires autant, sinon davantage, que Caufield ou Slafkovsky. Ce n'est certainement pas pour financer l'arrivée de tels joueurs que les jeunes vedettes montréalaises ont renoncé à des millions.

Leclerc compare cette situation au film Les dieux sont tombés sur la tête, où une simple bouteille de Coca-Cola jetée dans une tribu isolée provoque convoitise et discorde. Le jour où un joueur acquis de l'extérieur débarquera dans le vestiaire du Canadien avec un salaire de six, sept ou huit millions de plus que les piliers de l'équipe, le ressentiment risque de s'installer. Et l'autre option, soit échanger un joueur de premier plan pour réaliser une transaction d'impact, serait tout aussi périlleuse: Ces joueurs ont accepté des contrats à rabais en échange de la promesse de bâtir quelque chose de grand à Montréal. Trahir cette promesse pourrait avoir un effet dévastateur sur la chimie du groupe. Cette impasse explique peut-être d'ailleurs selon lui pourquoi la direction n'est toujours pas parvenue à améliorer sa formation cet été.

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À propos de l'auteur

Marco Normandin
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Rédacteur en chef

Passionné de hockey depuis toujours, Marco Normandin est le créateur du Ultimate Pool Preview, une référence mondiale en guide de pools. Il est également l'idiot derrière la page satirique de hockey, Définitivement, Pierre. Travailleur acharné, il fouille sans relâche pour dénicher toutes les informations entourant la LNH et en faire bénéficier les lecteurs avant la compétition.

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