
Un geste drastique durant le plus gros weekend de l'année pour améliorer leurs conditions de travail!
Les travailleuses du sexe de Montréal s'apprêtent à poser un geste sans précédent: Quitter leur lieu de travail lors de l'une des soirées les plus lucratives de l'année.
Alors que nous nous préparons au toujours très populaire weekend du Grand Prix de Montréal dans quelques jours, le journaliste Jack Wilson de The Gazette rapporte que le tout sera chamboulé par un geste symbolique de la part de danseuses nues qui, en plein weekend du Grand Prix de Formule 1, quitteront leur poste le 23 mai prochain pour protester contre leurs conditions de travail. Cette grève vise à forcer une reconnaissance de leur statut de travailleuses à part entière, avec les protections qui en découlent.
À Montréal, la grande majorité des danseuses de clubs ne touchent aucun salaire. Leur revenu repose entièrement sur les pourboires des clients, et elles doivent en plus débourser de leur propre poche des frais de service au bar, pouvant varier entre 40 et 100 dollars par soirée. Il arrive régulièrement que les pourboires récoltés ne couvrent même pas ces frais, laissant les travailleuses dans le rouge à la fin de la nuit.
Céleste Ivy, danseuse montréalaise et membre du Comité autonome du travail du sexe (CATS), l'organisme à l'origine du mouvement, témoigne de cette réalité. Elle explique que chaque année, des collègues rentrent chez elles en ayant perdu de l'argent. Puisqu'elles ne sont pas considérées comme des salariées, elles n'ont accès à aucune des protections dont bénéficient normalement les travailleurs québécois.
Au moment de s'adresser aux médias, Ivy n'avait pas travaillé depuis plusieurs semaines en raison d'une blessure survenue au travail. Elle souligne que ce type d'incident est fréquent dans le milieu, les danseuses évoluant en talons hauts sur des surfaces inégales. Si elle avait le statut d'employée, les normes du travail provinciales lui donneraient droit à un congé rémunéré. Mais en tant que travailleuse autonome, elle se retrouve sans aucun revenu pendant sa convalescence.
Cette situation n'a pas toujours été la norme. Francine Tremblay, ancienne danseuse devenue chercheuse sur l'industrie du sexe à l'Université Concordia, affirme avoir toujours touché un salaire horaire durant ses près de 20 ans de carrière, qu'elle a terminée en 1988. Elle bénéficie encore aujourd'hui de certaines protections acquises à l'époque, notamment le remboursement d'appareils auditifs rendus nécessaires par des années passées dans des établissements bruyants. Selon elle, le fait de ne plus être traitées comme des employées rend les danseuses d'aujourd'hui «invisibles» en tant que travailleuses légitimes.
Au-delà des enjeux financiers, les conditions de travail posent de sérieux problèmes. Ivy rapporte que le harcèlement sexuel de la part des clients est courant, et que les patrons prennent généralement le parti du client plutôt que de soutenir leurs danseuses. Des conditions d'hygiène déficientes sont également dénoncées, les employeurs ne se sentant pas responsables du bien-être de travailleuses qu'ils ne considèrent pas comme leur personnel.
Les travailleuses des salons de massage font face à des difficultés similaires, voire plus graves. Évoluant dans une zone grise légale, certaines d'entre elles pratiquant des actes qui ne sont pas toujours encadrés par la loi, elles disposent d'encore moins de recours que les danseuses de clubs.
Le CATS, fondé en 2019, demeure une organisation modeste, et Ivy reconnaît ne pas savoir combien de travailleuses participeront au débrayage du 23 mai. Le groupe encourage toutefois chaque membre à convaincre ses collègues de se joindre au mouvement. Francine Tremblay estime que l'impact pourrait être significatif: Le weekend du Grand Prix représente l'un des moments les plus rentables de l'année pour les établissements. «Si elles décident de quitter, les patrons vont paniquer», prédit-elle.
Pour Ivy, cette action constitue une première prise de parole publique du milieu. «On veut être entendues. On veut que notre travail soit reconnu comme du travail», résume-t-elle. La grève du 23 mai pourrait marquer le début d'un mouvement plus large pour la reconnaissance des droits des travailleuses du sexe au Québec.
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À propos de l'auteur
Rédacteur en chef
Passionné de hockey depuis toujours, Marco Normandin est le créateur du Ultimate Pool Preview, une référence mondiale en guide de pools. Il est également l'idiot derrière la page satirique de hockey, Définitivement, Pierre. Travailleur acharné, il fouille sans relâche pour dénicher toutes les informations entourant la LNH et en faire bénéficier les lecteurs avant la compétition.
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